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Notre grand-père est mort. Il ne se relèvera pas de son cercueil. Du moins, pas dans son état. Aujourd’hui, je l’ai vu tout embaumé. Ça m’a fait drôle. Un mort de plus dans la famille. Pauvre grand-maman. Une femme qui a partagé sa vie pendant près de 70 années. Maintenant seule. J’ai peur que ça m’arrive. Je veux dire, j’ai peur de devenir veuve. Il y a plein de choses dont j’ai peur. J’ai peur de vieillir, j’ai peur de devenir folle, j’ai peur de perdre un mari ou un enfant. La vie se veut amour et violence.

Je suis de retour dans ma ville natale. Je ne ressens pas d’attachement particulier. Ma ville, c’est Montréal. Une ville aux mille possibles. Une ville de l’impossible aussi. J’ai dit à ma mère que j’ai failli être admise en psychiatrie il y a quelques semaines de ça. C’est que j’avais peur de me jeter devant le métro. Ça arrive parfois. Quand je ne vais pas bien. Quand l’impulsion de vivre me quitte ou comme si. Heureusement, mes amies étaient là pour me soutenir, pour m’accompagner dans mes rendez-vous, pour m’encourager et me faire rire. Parce que la vie ne s’arrête jamais là.

Me voilà rendue à 93 articles publiés. Bientôt ça sera la fin. Basta. Le rideau tombera. C’est que, ça demande de l’énergie d’étaler sa vie comme il se doit. Sauf que pour moi, il en va de ma survie. C’est la seule chose que je sais faire d’ailleurs: écrire. J’écris pour aller de moi vers toi puis de toi vers moi. Mouvement circulaire. Dans tous les cas, je suis fière de ce que j’ai accompli. Dans le doute, l’imperfection et la peur. Désormais, je me consacrerai à la littérature.

J’ai oublié cette session-ci mon rêve de devenir psychiatre. Je compte plutôt embrasser la littérature. Devenir professeure à l’université tiens. Être une doctoresse. Ça fait chic. Imaginez, une vie remplie de livres. Et d’enfants. Parce que le travail ce n’est pas tout. Il y a aussi la famille. Impulsion de survie. Ma prof de littérature au cégep me l’avait dit: à un certain moment, c’est comme ça, on y peut rien, on vit dans l’urgence, le besoin de reproduction se fait plus fort que tout, on y échappe point. Et je veux avoir pleins d’enfants. Mais ça, vous le savez déjà.

J’écris dans le secret: ma mère ignore que j’ai continué à écrire sur mon blogue. C’est que je ne veux pas l’inquiéter. Elle a déjà trop souffert. J’aimerais lui épargné au moins ça. Du moins, pour un temps. Lorsque je publierai mon premier roman, ça sera difficile. Inévitablement, mon roman se voudra un miroir de ma vie, mais ça sera de la fiction. J’ai déjà une idée d’histoire depuis quelques années déjà. J’ai hâte de voir là où ça va me mener.

Sauf que d’ici là, il me faudra vivre. Vivre parce que je n’ai qu’une chance. Et je ne veux pas la gâcher. J’aurai bientôt 24 ans. Je ressens l’urgence de vivre. J’ai peur de mourir. Trop tôt. Je veux publier, je veux enfanter, je veux enseigner, je veux voyager. Je n’aurai pas assez d’une vie. Tragédie qu’est notre réalité de devoir se limiter à une poignée d’années. Une poignée qui nous coule entre les doigts. Sauf qu’on ne s’y habitue jamais. On ne devient pas plus adroit. N’empêche, j’aimerai jusqu’à en mourir. Et mes livres me survivront. Oui, je serai immortelle.

* Oeuvre de John Vassos

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