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Mon grand-père est mort. Mais pas enterré. Parce qu’il paraît qu’on ne fait pas ça l’hiver. Du moins, on ne le fait pas dans un petit village perdu au Québec. Mon grand-père est allé rejoindre « les p’tits gars », comme dit ma mère. C’est que trois de ses fils sont décédés avant lui.

Mon grand-père était cultivateur puis commerçant. Il était vaillant et parlait peu. Ça, c’est ce que le prêtre a dit à l’église lors des funérailles. J’en ai appris davantage sur mon grand-père à sa mort qu’en vingt-trois années d’existence. Voyez-vous, mon grand-père était déjà âgé à ma naissance et je le voyais peu. N’empêche, je le faisais sourire avec mes voyages étranges et mes nouvelles langues parlées.

Le père de ma mère a su travaillé la terre et le bois, mais moi, je ne sais rien faire de mes mains. Je suis une intellectuelle qui mourrait sans doute à l’ouvrage en pays communiste. D’abord d’ennui, puis de fatigue. C’est que je ne suis pas forte comme ma mère. Ma mère m’a élevé entre ses livres d’école et le travail. Pour ma part, j’ai vingt-trois ans, pas d’enfants, et pourtant de la misère à étudier. Je suis hypersensible plutôt.

Aujourd’hui, à la librairie de mon village, j’ai failli pleurer. Pleurer devant tant de livres à lire, devant tant de livre qui ne seront pas lus. C’est bien là mon drame. Je ne sens pas le besoin de me justifier, les intellectuels comprendront. C’est que j’appartiens à un autre monde. Là-bas, la beauté se veut la mesure de chaque parole et chaque acte. Là-bas, on meurt d’avoir trop aimé.

Je marchais aujourd’hui dans ma ville natale et je me sentais comme une imposteure. J’aurai bientôt vingt-quatre ans. Pourtant, je n’ai rien accompli de significatif. Je ne suis pas indépendante financièrement. Je n’ai pas de partenaire de vie. Vous me direz que j’ai encore le temps. Oui, mais juste qu’à quand? Le temps file entre nos doigts et la mort est inévitable. La mort s’approche, la voyez-vous venir?

Je n’ai que mon imagination et mon amour à offrir. J’espère qu’un jour, quelqu’un me comprendra. Enfin, s’il-vous-plaît Dieu, faites que d’ici six ans quelqu’un me comprendra. Je veux avoir des enfants. Un, deux, trois, quatre.

Si j’avais à la dessiner, ma famille serait multicolore. Folle aussi. Mais ça, ça se dessine mal. Je vous laisse le soin de l’imaginer. On parlerait plusieurs langues et on aurait du mal à se comprendre. Ça serait beau. Mes garçons feraient des activités de filles et mes filles vice versa. Le genre serait accessoire. Tout comme le domaine d’études. Et en amour, on s’autosuffirait.

J’aurai bientôt vingt-quatre ans. J’ai du soleil plein la tête.

* Illustration de Travis Bedel

 

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