Autodafé
Autodafé

Une nouvelle version du livre savant des psychiatres, le Diagnostic Syndrom Manual (DSM), sera publiée à la fin mai 2013. En tant que personne atteinte par la maladie affective bipolaire (MAB), devrais-je m’en réjouir?

Dans un premier temps, j’applaudis les ajouts au DSM grâce auxquels les souffrances liées aux maladies autrefois non reconnues seront soulagées. Soulignons l’inclusion du binge eating disorder et de la dépression majeure déclenchée par le deuil d’un proche. En revanche, ces ajouts auront probablement une portée limitée. Les psychiatres procèdent rarement par l’énumération d’une série de questions formatées lors de l’évaluation du patient. Ainsi, le DSM serait un ouvrage à ranger dans la bibliothèque de chaque médecin, mais point l’ultime manuel de référence des psychiatres.

Dans un second temps, je critique le DSM pour sa logique implacable, sa froideur et son arrogance. Selon le DSM, toute personne ne répondant pas à un quota de critères serait indigne du temps d’un professionnel de la santé. Pourtant, la souffrance humaine est bien réelle et va au-delà d’une liste cartésienne. La faiblesse du DSM réside dans son approche anonyme, où une personne atteinte de la MAB n’existe qu’à travers la maladie.

Pour une personne atteinte de la MAB, l’acceptation du diagnostic se veut un passage obligé. Mon passage a eu lieu le jour où j’ai dû remettre tous mes effets personnels, où j’ai dû accepter les somnifères que l’on me proposait et où j’ai dû être filmée 24 heures sur 24. Ce jour-là, j’étais admise dans une clinique privée spécialisée en santé mentale.

La prise de médicaments et le diagnostic de la MAB ne signifient pas la fin de la souffrance loin de là. Avec l’identification de la maladie vient la difficile étape du deuil de son ancien « moi ». À ce moment-là, le DSM ne se veut d’aucune aide. Pourtant, l’annonce de la maladie constitue un véritable séisme identitaire. Le jour d’après, il faut se reconstruire et aller de l’avant.

La personne qui m’accompagna sur ce nouveau chemin se garda bien de considérer ma maladie mentale comme une finalité. Ma psychothérapeute, une neurologue bulgare, prit toujours soin de référer à « ma sensibilité » plutôt qu’à ma maladie. Comme quoi, j’étais toujours une jeune femme pleine de ressources, intelligente et ambitieuse qui réaliserait un à un ses rêves. Or, s’il n’en tenait qu’au DSM, seule la pharmacothérapie aurait été garante d’un pronostic favorable. Aujourd’hui, je suis fière du chemin parcouru.

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s

%d bloggers like this: