Photo du 79779021-07- à 22.09
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La personne en avant de moi rit à gorge déployée. Je n’ai pourtant rien dit d’amusant. Au contraire, je suis venue dans ce bureau parce que je ne trouve rien d’amusant. Rien.

C’était à l’hiver 2012. J’étais assise devant l’évaluateur d’une clinique privée huppée. Je venais de lui tendre une feuille listant mes symptômes des deux derniers mois: manque d’énergie, désir de pleurer, sentiment de culpabilité, etc. « C’est la première fois que je vois ça. Une patiente ayant rédigé son propre diagnostic! » a dit l’évaluateur. Je ne savais pas si je devais m’en réjouir ou m’en attrister. À dire vrai, je ne ressentais rien. « Je dois absolument appeler le médecin et la lui montrer. », a-t-il ajouté. Février 2012, je me diagnostiquais une maladie affective bipolaire.

Pour la première fois un an, je relis la feuille que j’avais tendue à l’évaluateur. J’y avais listé tous les changements physiques et psychologiques survenus au cours des dernières années: perte de poids inexpliquée, aménorrhée, humeur dépressive, troubles du sommeil. Une symptomatologie des plus exquises.

Pourquoi avais-je rédigé une telle liste? Parce que je cherchais à mettre un mot sur la folie qui m’habitait. Cette folie qui m’a submergé d’euphorie pour ensuite me noyer de désespoir. En février 2012, je vivais une seconde dépression majeure, après un entracte d’un mois d’euphorie. En décembre 2011, j’étais devenue hyperactive: j’avais des projets pleins la tête et je rigolais de tout. J’ai rapidement compris que lorsque j’affirmais à mes proches que « j’allais trop bien », mon médicament, la fluoxetine (Prozac), fonctionnait trop bien.

Qui a-t-il de mal à atteindre des sommets? Le problème est qu’on n’y reste jamais longtemps, qu’on perd pied et qu’on sombre dans les abysses de la dépression. Après coup, j’ai compris que la prise d’antidépresseurs (prescrits pour l’anxiété) m’avait plongé dans une phase hypomaniaque. Une phase hypomaniaque est un état soutenu d’excitation et d’euphorie, ou d’irritabilité. À ce moment-là, j’avais pleins de projets: un stage à temps partiel à Radio-Canada, une session à temps plein à l’université entrecoupée de sorties entre amis, de projets parascolaires, de soirées bien arrosées et de yoga. Il y avait sûrement d’autres obligations, mais je ne les ai pas toutes listées. Comme si on passait de -40°C à 40°C. Sauf qu’à la fin, la température baisse à nouveau à -40°C. L’hypomanie ne dure jamais longtemps.

Il paraît que l’on devient addict à ses phases maniaques, à ses highs. Je comprends pourquoi. Sur un high, on a l’impression que tout va bien, qu’on est capable de tout et que tout est plus intense. En phase hypomaniaque, on est plus productive, plus volubile, plus passionnée. Malgré le diagnostic de la MAB, je dois avouer que je n’ai toujours pas fait le deuil de mes phases hypomaniaques. Je suis exaltée, légère et amoureuse lorsque je suis en hypomanie. Et parfois, il me vient même l’idée de lancer un blog.

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