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Maman, dis-moi pourquoi / Les oiseaux au fond de mon coeur / Toutes les minutes pleurent / Même si t’es là pour me consoler / Maman, dis-moi pourquoi / Tout ce qui bouge autour de moi / Me donne juste envie de pleurer / Comme le jour où j’suis sorti de toi – Pierre Lapointe

Non, je n’écrirai pas sur ma mère. Non, pas aujourd’hui, pas maintenant, c’est trop tôt.

J’ai passé une agréable journée aujourd’hui en compagnie de ma mère. Nous avons marché 20 kilomètres et discuté de tout et de rien. Nous avons discuté de nos parcours entremêlés. Je l’ai également interrogée sur comment avait-elle perçu mes changements d’humeur après coup, après le diagnostic. Une mère sait tout. Je me livre sur ce blog, je me veux translucide, et même si certaines de mes histoires n’ont jamais été exorcisées, ma mère en connait pourtant la majeure partie. C’est ça une mère: une force tranquille, invisible.

N’empêche, ma mère a été ébranlée par le diagnostic. D’abord, elle a éprouvé du chagrin pour moi. Puis, elle s’est sentie soulagée. Des mots sur une souffrance, enfin. Une libération en quelque sorte.

Ce qui est intéressant avec la maladie affective bipolaire, c’est qu’elle a une forte incidence génétique. À cet effet, je me suis mise à voir des diagnostics officieux partout dans ma famille: toxicomanie, dépression, trouble alimentaire, même suicide. J’avais tout noté, ou presque sur la fiche d’information lors de mon évaluation au sein d’une clinique privée, avant que mon diagnostic soit posé. Si les apparences se veulent des remparts, il est indéniable que les gènes jouaient en ma défaveur. Comme quoi, nous avons tous une famille, dans la santé comme dans la maladie.

* * *

Je relis présentement la fiction biographique de Delphine de Vigan, Rien ne s’oppose à la nuit. Dans ce roman, l’auteure y étale la vie de sa mère, Lucille, une femme singulière aux prises avec la maladie affective bipolaire. En ouverture du roman, Delphine écrit:

Je ne sais plus quand est venue l’idée d’écrire sur ma mère, autour d’elle, ou à partir d’elle, je sais combien j’ai refusé cette idée, je l’ai tenue à distance, le plus longtemps possible, dressant la liste des innombrables auteurs qui avaient écrit sur la leur, des plus anciens aux plus récents, histoire de me prouver comment le terrain était miné et le sujet galvaudé (…).

Le terrain est en effet miné et le sujet galvaudé. Non, je n’écrirai pas sur ma mère. Je lui dirai seulement qu’une chose: merci de m’avoir mise au monde. Il n’y a pas de honte à avoir une fille malade. Je suis désormais la plus heureuse des filles.

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