Si on m’avait interrogée il y a quelques années à savoir si je désirais enfanter, j’aurais répondu non. En effet, je ne pouvais être une femme libérée et une mère attentionnée. Je me rappelle ce jour où mon enseignante de français me répondait pourquoi elle avait décidé d’avoir des enfants: « C’est comme ça. Tu te réveilles un jour, pis tu sens que c’est ça qu’il faut faire. C’est plus fort que toi. » Aujourd’hui, je comprends ce qu’elle voulait dire.

J’aimerais avoir des enfants. Un, deux, trois, quatre. Seule ombre au tableau: je suis atteinte de la maladie affective bipolaire. À bien des égards, cela rend la réalité bien compliquée, autant pour moi que pour l’enfant à naître. D’une part, je dois prendre des médicaments afin d’assurer ma stabilité. D’autre part, je désire mettre au monde un enfant en santé. Or, malgré les avancées de la science, ces deux réalités se veulent difficilement conciliables.

Une femme prenant des médicaments afin d’assurer sa stabilité psychiatrique peut difficilement s’en priver, ceux-ci agissant comme les digues gardant l’innodation à distance. Or, ces mêmes médicaments se révèlent être un poison pour l’enfant à naître. En effet, tout médicament traitant la maladie mentale se veut transmis au foetus par le liquide amniotique. Puis, une fois que la femme allaite, les mêmes médicaments se veulent transmis à l’enfant via le lait maternel. Que faire?

Personne n’a la réponse à la question. Chaque femme atteinte de la maladie bipolaire désirant enfanter doit en discuter avec son médecin et peser les pour et les contre. Pour ma part, j’angoisse seulement qu’à y penser. Dans un premier temps, je désire tout faire pour que l’enfant à naître soit en santé. En ce sens, je serai prête à me sevrer de mes antidépresseurs, stabilisateurs d’humeur et antipsychotiques. Dans un second temps, je désire être présente pour mon enfant.

Or, si je ne prends pas mes médicaments et que d’autres épisodes (hypomaniaques ou dépressifs) surgissent, je ne pourrai être présente pour mon enfant, en prendre soin, le réconforter. À la peur de toute femme enceinte de ne pas se sentir à la hauteur, s’ajoute la peur d’abandonner son enfant. Ici, l’abandon revêt des couleurs métaphysiques: j’ai peur de ne pas être là pour mon enfant. À cet effet, les lectures d’une autobiographie puis d’un récit biographique et d’un article m’ont convaincue qu’une mère bipolaire laissée à elle-même risque d’être incapable de prendre soin d’elle, et donc, de ses enfants.

J’angoisse et pourtant, je ne suis pas laissée à moi-même. Il y a un an, on m’a diagnostiqué avec la maladie affective bipolaire, puis j’ai entamé le traitement. Je suis suivie par un médecin, une psychiatre, et une thérapeute-neurologue. Ma famille me soutient, tout comme mon copain. Mes amis sont là dans les bons comme dans les mauvais moments. En ce sens, le prognostic se veut favorable.

À mes futurs enfants: je remuerai ciel et terre pour vous aimer.

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