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En quatre ans, j’ai cru aimé A, B, C, D, E, F, G et H. Il y a ceux que je n’ai pas aimé, ceux que j’ai jeté après avoir eu sous mon emprise.

La maladie affective bipolaire rend les relations amoureuses difficiles. D’un part, lorsqu’on est célibataire, en phase hypomaniaque, on se retrouve avec ce désir de séduire à tout prix, quitte à vendre son âme. Tout d’abord, il y a eu A, un collègue de travail. Je me suis donné comme défi de le séduire et, égoïstement, d’en faire mon copain. Puis, il y a eu B, un autre collègue de travail, plus difficile à séduire. L’été de mes dix-neuf ans, j’ai rencontré C, un autre collègue de travail, lequel m’a immédiatement charmé et lequel j’ai naïvement cru aimé. C a été la première personne à m’encourager à boire jusqu’à l’état d’ébriété, et encore, là, je suis convaincue que ma dépendance à l’alcool a commencé à ce moment.

En quête d’exotisme, je me suis tournée vers les hommes du Moyen-Orient. J’ai rencontré D du Yémen sur Internet. Nous nous parlions plusieurs heures par jour et devions nous rencontrer à Istanbul cet été-là. Une fois à Istanbul, il y a eu E, de l’Iran, avec qui j’ai perdu mon innocence. L’ayant rencontré en phase hypomaniaque et m’étant séparée de lui en phase dépressive, j’ai beaucoup écrit sur lui. Me croyant amoureuse de lui, j’ai écrit:

Comment E et elle, deux âmes naïves, vagabondes avaient-elles pu se croiser, s’entremêler pour ne plus se détacher? Le désir de leur âme respective était plus fort qu’eux: ils ne pouvaient désormais que poursuivre leur refus de vivre dans l’ignorance et une mort latente (ou vie morte avant d’être vécue) à deux. Refus de mener une vie aveugle, insensible.

Perdue, j’ai rencontré F, un Turc dans la trentaine bipolaire. J’ai beaucoup pleuré avec celui-ci et lui ai juré de ne jamais le revoir. Un an plus tard, je le rencontrais à Istanbul, une fois de plus. Par la suite, il y a eu G, Grec et également bipolaire. Même si je ne l’ai pas aimé, celui-ci s’est révélé d’un précieux soutien lorsque je me croyais amoureuse de H et que ce n’était pas réciproque.

De retour à Montréal, il y a eu I, lequel, à défaut d’être Occidental, avait été en Iran. Je me suis crue amoureuse de pendant plusieurs mois, jusqu’à son départ. La soirée de son départ, lasse, j’ai séduite l’un de ses amis, J. Je suis en couple avec J depuis plus d’un an. Je suis heureuse que celui-ci ait été mis sur mon chemin: il a mis fin à mes souffrances.

D’autre part, lorsqu’on est en couple, la maladie affective bipolaire rend la relation difficile. Même si je suis diagnostiquée et traitée, je dois me battre avec l’instabilité, avec ces dangereuses inspirations qui m’amène à goûter l’interdit. En phase maniaque, je crois tomber amoureuse avec d’étrangers que je connais à peine, la plupart du temps en voyage. En phase dépressive, je m’énerve pour un rien, pleure, fais du chantage. Aux menaces au couple usuelles, s’ajoutent celles découlant de la maladie.

* * *

En contemplant mon passé, je comprends désormais ce qui m’est arrivé enfin à la suite d’une année de suivi thérapeutique. J’étais la jeune fille perdue des chansons de Jim Morrison. J’étais très intelligente, mais aussi très naïve. J’ai perdu mon innocence sans même m’en rendre compte. Je ne mets pas tout sur le compte de la maladie, n’empêche, mon impression d’être tombée en amour à plus de dix reprises au cours des quatre dernières années s’est vue menée par mes humeurs changeantes, mon exaltation et ma mélancolie. Je suis désormais heureuse d’avoir retrouvé ma lucidité. J’ai cessé de consommer ces amours jetables.

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