Suis-je anormale? Lorsque le diagnostic de la maladie affective bipolaire est tombé, j’ai eu peur. Peur de l’inconnu, peur de devoir prendre des médicaments, mais surtout peur d’être anormale.

Selon l’ouvrage Abnormal Psychology, un comportement anomal comporte les éléments suivants: « statistical infrequency, violation of norms, personal distress, disability or dysfunction, and unexpectedness ». Selon cette définition, je présente épisodiquement un comportement anormal. En effet, lors d’épisodes maniaques ou dépressifs, je réponds à la plupart des cinq critères: statistical infrequency, violation of norms, personal distress, disability or dysfunction et unexpectedness. Analysons plus en détail comment les critères susmentionnés s’appliquent à ma réalité.

Statistical infrequency

Selon Kessler et al (2005), la prévalence des troubles bipolaires de type I et de type II serait de 4,4% dans la population. Il est plutôt rare que la population générale connaisse des épisodes maniaques suivis d’épisodes dépressifs. Tout le monde subit des variations de l’humeur, mais ce n’est pas tout le monde qui subit des variations de l’humeur dites extrêmes ou qui oscille entre la manie et la dépression.

Violation of norms

Dans ce cas-ci, il est question des normes sociales auxquelles adhèrent la plus grande partie de la population. Bien évidemment, ces normes varient dans le temps et l’espace; n’empêche, il est possible de cerner aujourd’hui les normes sociales généralement acceptées. Par exemple, le fait de flamber des milliers de dollars, de prendre trois étrangers pour amants et d’acheter un billet pour l’Arabie Saoudite dans la même semaine viole les normes sociales généralement acceptées.

Personal distress

L’un des éléments les plus importants, à mon avis, est la détresse dont souffre les personnes atteintes d’une maladie mentale. Pour une personne souffrant de dépression, la détresse psychologique (mais aussi physique) est insupportable. Manque d’intérêt, pensées suicidaires, insomnie, tout cela contribue au mal-être de la personne atteinte de dépression. La détresse individuelle se veut inévitablement la raison pour laquelle les personnes atteintes de maladie mentale vont consulter un professionnel de la santé.

Disability or dysfunction

Dans ce cas-ci, il est question de « an impairment in an area of life », c’est-à-dire, de conséquences négatives résultant d’un comportement anormal. Par exemple, le comportement anorexique d’une jeune femme se répercute inévitablement sur sa vie sociale. Pour un toxicomane, l’abus de substance produit généralement un impact négatif sur à sa productivité au travail. En ce sens, les conséquences négatives d’un comportement anormal affecte généralement les aspects familial, social et professionnel de l’individu.

Unexpectedness

L’imprévisibilité du comportement fait référence à une réponse inattendue découlant d’un stresseur de la vie. De cette manière, une personne souffrant d’anxiété généralisée peut devenir agoraphobe lorsqu’elle se retrouve dans un lieu publique. Dans le cas précédent, la réponse de la personne anxieuse se veut disproportionnée par rapport à son environnement, notamment quant à sa perception du danger réel la menaçant.

Lorsque je présente les symptômes de la maladie affective bipolaire, je suis considérée cliniquement comme  anormale. Par exemple, pendant un épisode maniaque, j’expérimente ce qu’une minorité de la population expérimente (statistical infrequency), je viole les normes sociales par mon comportement (violation of norms), je souffre grandement psychologiquement et physiquement (personal distress), je porte atteinte à mes relations sociales et professionnelles (disability or dysfunction) et je présente des réactions inattendues, notamment si la manie a été déclenchée par un stresseur dit mineur (unexpectedness). En revanche, je suis stable la plupart du temps et je ne présente aucun symptômes de la maladie. Seulement lorsque mes symptômes reviennent, mon comportement peut être jugé d’anormal d’un point de vue clinique.

Avec du recul, la raison qui m’a motivée à lancé ce blog était de déstigmatiser la maladie mentale et, par conséquent, de lever le voile sur les comportements dits anormaux qui en découlent. Chacun de mes billets a pour but de lever le voile sur un des aspects de la maladie affective bipolaire et de cerner celle-ci. À la lecture de ces billets, je souhaite que le grand public réalise qu’une personne atteinte de maladie mentale n’est pas folle. Au contraire, les personnes bipolaires sont généralement brillantes, créatives et sensibles.

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