Shiraz
Shiraz

Écrire sur son médecin n’est point une tâche aisée, mais nécessaire. J’ai pensé à écrire sur le mien il y a quelques temps, alors que je songe à quitter la clinique privée qui me traite. En effet, j’ai l’impression que je ne suis qu’un numéro, qu’une source revenus de plus. Pourquoi? Lorsque j’ai décidé de signer un refus de traitement en temps de crise, la première réaction du médecin a été de demander un formulaire de décharge, afin que celui-ci ne soit pas tenu responsable s’il m’arrivait quelque chose: c’est-à-dire, que je me suicide. C’est à cet instant que j’ai su que quelque chose n’allait pas, qu’on ne peut laisser s’en aller aussi facilement une patiente aux tendances suicidaires. Ça, c’était mon médecin.

Autrement, lorsque j’ai fait part à ma psychiatre de mes tendances suicidaires, des méthodes auxquelles je songeais à ce moment (m’ouvrir les veines ou me jeter devant un métro), celle-ci m’a répondu avec sarcasme que j’étais une grande romantique. Je suis romantique, certes, dans mes écrits, dans mes sentiments; or, lorsque l’on parle de suicide, il n’y a pas de manière romantique de mourir. Seulement la brutalité. Par ailleurs, ma psychiatre m’a dit qu’il n’était pas facile de mourir. C’est peut-être vrai, mais quelqu’un dans ma famille a réussi à se suicider. Ainsi, je connaissais une manière, parmi tant d’autres, de mourir. Comment peut-on ignorer les tendances suicidaires d’une patiente? Comment peut-on en rire? Aujourd’hui, je suis dégoûtée rien qu’à y penser. Ça, c’était ma psychiatre.

Ce sont ces deux situations qui m’ont convaincu de me diriger dans le domaine de la santé. Je songe désormais à devenir psychologue ou médecin. En effet, déçue de la manière dont j’ai été traitée, je souhaite apporter quelque chose de plus à la profession, d’y apporter mon empathie, ma compassion et mon amour. Tel que défendu dans l’ouvrage de Ghaemi, les personnes atteintes de la maladie affective bipolaire éprouvent davantage d’empathie que la population en générale, parce que celles-ci ont connu la dépression, la souffrance, les abysses de la noirceur.

Si je suis toujours en vie à ce moment, c’est grâce à ma thérapeute et non grâce à mes médecins. C’est ma thérapeute qui m’a convaincue que je valais quelque chose, que je devais vivre, que j’allais être heureuse. Ma thérapeute a un formidable bagage. D’abord médecin dans son pays natal, la Bulgarie, elle est devenue thérapeute au Canada. Des gestes simples posés à mon endroit m’ont mis en confiance. Lorsque je pleurais, celle-ci s’asseyait à mes côtés; lorsque j’étais fâchée, celle-ci m’écoutait; lorsque j’étais heureuse, celle-ci partageait ma joie. Autrement, celle-ci m’a prise dans ses bras les moments où ça n’allait pas. Des gestes simples, mais qui reflètent l’empathie, la compassion et l’amour. Des gestes qui redonne à l’âme son insoutenable légèreté.

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