Edvard Munch, Nude
Edvard Munch, Nude

Rouge. La passion. Le sang. Le feu. L’amour.

Il y a un an, un groupe de patients bipolaires et moi avion pour tâche d’identifier nos prodromes, c’est-à-dire, ces signes avant-coureurs précédant un épisode maniaque ou dépressif. Fait intéressant, ceux-ci varient de la diminution du sommeil au port de vêtements extravagants. Pour ma part, mes prodromes comportent les éléments suivants: une hyperactivité, un débit de parole plus rapide, de nombreuses sorties de prévues, des comportements à risque (notamment en ce qui a trait à l’argent et à la sexualité) et une désinhibition sociale. Or, le psychiatre Hagop S. Akiskal rappelle au sein de l’un de ses articles que le rouge se veut la couleur du trouble affectif bipolaire de type II.

Mes phases hypomaniaques se veulent peintes en rouge, tout comme mes lèvres. Lorsque mon humeur prend de l’expansion, lorsque je suis droguée par l’euphorie, je peins mes lèvres en rouge. Signe anodin, mais pourtant le reflet de mon humeur. Il n’est pas étonnant que j’en fasse de même, puisque le rouge à lèvres se veut un outil de séduction, le reflet de mon âme créative ou l’expression de mon désir intérieur de tout brûler. Lorsque je couvre mes lèvres de rouge, je me sens plus confiante, plus séduisante et plus extravertie. En phase hypomaniaque, le rouge m’obsède.

Lorsque je regarde les photos du premier Noël suivant la prise d’antidépresseurs, je remarque rapidement que mon humeur était survoltée. Vêtements révélant le décolleté, rouge à lèvres rouge vif et immense sourire reflètent ce désir de plaire en phase hypomaniaque. Aujourd’hui, le rouge couvre du rebord de ma tasse de café (en phase d’exaltation, je suis addicted au café) jusqu’au lèvres de mes personnages de fiction.

* * *

Si j’avais à peindre la maladie affective bipolaire, je jetterais sur le tableau du noir, du blanc, mais aussi du rouge. Le rouge étant le fil conducteur de l’oeuvre, le lien entre la manie et la dépression. De la passion jusqu’à la douleur. Fait intéressant, Edvard Munch, un peinte norvégien atteint de la maladie affective bipolaire, embrasse ces couleurs dans plusieurs de ces tableaux, notamment au sein de cette série où apparaît trois femmes, l’une vêtue de blanc, l’autre de noir, puis la dernière de rouge.

Dance of Life

Edvard Munch, Dance of Life

Puisque ma vie est un tableau que je peindrai jusqu’à ma mort, j’y ajoute, à chaque instant, les couleurs qui imprègnent mon âme. Aujourd’hui, j’y ai mis du rouge.

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