Courir sur les rails du métro. Cette pensée m’obnubile. J’entretiens une relation malsaine avec le métro.

Lorsque je suis hypomaniaque, je désire courir sur les rails du métro, ne plus me retourner. Je me sens alors invincible. J’ai envie de me montrer plus forte que la mort.

Or, lorsque je suis déprimée, je désire m’allonger sur les rails. Je me sens mortelle justement. Autrement, je me vois me lancer devant le métro comme ça, sans m’en rendre compte. On appelle ça un suicide passif.

Je ne peux m’empêcher de penser à l’antihéros du film norvégien The Bothersome Man où le protagoniste décide subitement de se lancer devant le métro. Une folie ou un acte romantique? N’empêche l’homme survit, et il se relève, ensanglanté, avant de marcher vers la sortie. Un suicide raté, quelle humiliation. Jusqu’à maintenant, cette idée me terrifie, et m’a empêché de passer à l’acte justement.

Prendre le métro c’est faire face à notre réalité ou plutôt à notre finalité. Quelques secondes d’inattention et c’est fini. Vivre ou mourir. Rester ou fuir. Monter à bord ou rester sur le quai.

Les jours de printemps, lorsque je vais mieux, je n’y peux rien mais je crains qu’on me pousse sur les rails, et que ma vie finisse là, en page 24 d’un journal à grand tirage. J’ai peur que l’on se souvienne de moi par l’absurdité de ma mort, peur de ruiner mon immortalité comme les personnages de Milan Kundera.

La maladie affective bipolaire se veut un mouvement entre Eros et Thanatos. Une folie circulaire.

* * *

Pour le psychiatre états-unien Ronald R. Fieve, la maladie affective bipolaire de type II comporte plusieurs avantages. Pour le Dr. Fieve, cette maladie serait même bénéfique:

Les bipolaires IIB [(bénéfique)] convenablement éduqués et traités – si nécessaire – mettront plus facilement leur manie bénigne au service de l’atteinte de tel ou tel grand objectif: d’où l’importance de repérer les principaux signes distinctifs de la bipolarité IIB, qui peut rendre intrépide et aventureux, brillant et déterminé, talentueux et entreprenant, exubérant et sûr de soi, très productif et hyposomniaque, posé mais froide, bavard et persuasif, intuitif et captivant ou charmeur et créatif. – Comment bien vivre avec des troubles bipolaires.

Bien que le médecin souligne les coûts de ces avantages, c’est-à-dire, la dépression et le suicide, celui-ci persiste à affirmer qu’il est possible de tirer profit de la maladie affective bipolaire à condition de savoir concentrer ses énergies. Tout compte fait, j’y penserai deux fois avant de prendre le métro.

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