Riopelle_Feuilles_IIIb
Riopelle_Feuilles_IIIb

Je suis une fille complètement déstructurée par son époque.

Cette phrase, je me la répète comme un mantra. Cette phrase, elle n’est pas de moi: elle est de I.

Je suis entrain de lire la version française du roman norvégien En dåre fri (Une folle en liberté) de Beate Grimsrud. La narratrice se veut atteinte de schizophrénie et de la maladie affective bipolaire, je me reconnais dans le personnage de Eli. Parce que je suis une fille (bipolaire) complètement déstructurée par son époque (schizophrène).

Je suis bipolaire. Je suis alcoolique. Je suis polyamoureuse.

Je suis là et ailleurs en même temps. Je veux tout avoir en même temps, là maintenant. Tout comme Eli,

[je] ne sais pas quoi faire avec mes bonnes notes. L’université peut-être. J’imagine des études en sciences politiques, un cours de secrétaire aux Affaires étrangères, puis un boulot dans des ambassades norvégiennes partout dans le monde. Bien sûr, je serai aussi écrivaine, mais ça on ne peut le faire qu’en complément d’un autre travail. – Une folle en liberté de Beate Grimsrud

N’empêche, tout comme me l’a fait remarqué mon amour platonique I, il y a chez moi une unité dans le chaos. Je suis cohérente et inconséquente. Tel que je l’écrivais dans un billet précédent,

les personnes bipolaires sont généralement brillantescréatives et sensibles.

J’ai donc tout ce qu’il faut pour être écrivaine. Ne me reste qu’à transformer mon obsession en création. Le thérapeute d’Eli a raison,

[nous] devons travailler sur la structure de base. (…) Le sommeil, la détente, le travail, les amis, les voyages. Créer une certaine sécurité dans les petits détails. Allumer la lumière quand tu rentres à la maison. De la musique, la radio, appeler quelqu’un. Des parfums, des fleurs, de la nourriture, du thé. De l’exercice, du rangement. Tu dois suivre des routines. Par ailleurs, tu peux faire des écarts, mais tu dois avoir une base solide comme point de départ. Tu l’as déjà eue, par moments. Nous devons y revenir, mais en regardant vers l’avenir. N’oublie jamais ta fragilité. Dose les activités. Par un écart par ici et là, et puis patatas. Un film, un livre, une pièce de théâtre. Un voyage en Norvège. Ce n’est pas colossal.

– Une folle en liberté de Beate Grimsrud

Je suis de celles qui croient aux signes de Dieu. Je crois que ce livre m’attendait sur les étagères de littérature norvégienne traduite en français d’une librairie d’Oslo.

Je crois en ces rencontres, non pas seulement entre deux personnes, mais entre une personne et un livre qui lui est manifestement destiné. À ces livres qui changent une vie. Qui m’inspirent, me poussent à aller plus loin encore, à vivre, vivre encore pour ne pas mourir, ne pas mourir pour embrasser cette liberté pour lire et être inspirée, être poussée à aller plus loin encore sans jamais reprendre mon souffle.

Je suis peut-être folle, mais je suis libre.

 

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