valerio-carrubba-peinture-anatomique-morbide-02
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Cinquante fois plutôt qu’une, je me suis livrée à vous. C’est que voyez-vous, je est matière à écriture. Ça je l’ai appris dans l’essai et le dernier roman d’Alain Farah, professeur de littérature française à l’Université McGill.

Depuis le lancement de ce blogue, plus d’un an après le diagnostic, j’ai beaucoup appris sur le mal qui m’afflige, la maladie affective bipolaire. Puisque l’heure est au bilan, je vous propose un cadavre exquis des différents billets publiés jusqu’à maintenant.

* * *

400 ans avant notre ère, Hippocrates fait référence à la manie et à la mélancolie.

Ma psychothérapeute, une neurologue bulgare, prit toujours soin de référer à « ma sensibilité » plutôt qu’à ma maladie.

Il paraît que l’on devient addict à ses phases maniaques, à ses highs.

Le problème est qu’on n’y reste jamais longtemps, qu’on perd pied et qu’on sombre dans les abysses de la dépression.

Si j’avais suivi tous mes désirs en phases maniaques, j’aurai eu de la chirurgie plastique, un tatouage sur tout le bras gauche, du maquillage permanent.

C’est avec cette personnalité que je laisserai mon empreinte sur le monde, et que je le secouerai, à ma façon, par une force tranquille.

Le défi aujourd’hui consiste à tenir occupé mon esprit et à embrasser de nouveaux projets pour éviter de plonger à nouveau.

N’empêche, lorsque j’affirme que je désire devenir une psychiatre norvégienne tatouée, il y a tout de même un fond de vérité.

Si j’avais à peindre la maladie affective bipolaire, je jetterais sur le tableau du noir, du blanc, mais aussi du rouge.

Vivre ou vivre jusqu’à en mourir?

Lorsque je suis hypomaniaque, je désire courir sur les rails du métro, ne plus me retourner.

La réalité ne suffit plus.

Prendre ou ne pas prendre ses médicaments?

Cette semaine où j’ai rencontré huit inconnus, le rouge aux lèvres.

Je suis une fille complètement déstructurée par son époque.

Que Dieu me protège.

Un peu comme si je m’étais sentie projeté dans une autre vie, une vie qui ne m’appartient pas vraiment, mais qui se veut une fuite vers l’avant.

Cédant la plupart du temps à mes pulsions, à mes envies, j’ai fait de ma vie un tableau chaotique, contradictoire et coloré.

Vivre pour écrire, écrire pour vivre.

J’écris pour ramasser les fragments.

Il y a des ces jours où on a envie de porter un vieux sweater et d’autres où on voudrait cuire les perruches pour les bouffer.

Je suis folle après tout.

Les études démontrent la prévalence de la maladie mentale chez les personnes créatives.

Il y a de ces soirs où on se dit que non, non on ne le fera pas.

Oui, c’est moi Ziba, et je suis bipolairealcooliquesalopehypomaneféministe.

J’ai peur de la dépression post-partum.

Parce que oui, dans le chaos, mon esprit brûle d’une passion singulière où tout disparait, où tout n’est que souvenir, où la vie se veut insoutenablement légère.

Parce qu’il faut se rappeler, parce qu’une fois ne compte pas comme disait Kundera.

Bien sûr, je pourrais donner comme excuse que je suis bipolaire, mais ça reste insatisfaisant.

J’ai écrit ce billet en faisant l’amour, en marchant sur Saint-Zotique et en ne dormant pas.

* Peinture de Valerio Carrubba

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