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Je ne vous l’ai pas dit parce que vous le saviez déjà, mais je souffre d’un autre mal que la maladie affective bipolaire.

Je souffre de l’angoisse de mourir. La même que Clementine dans le film de Michel Gondry Eternal Sunshine of the Spotless Mind:

I’m always anxious thinking I’m not living my life to the fullest, you know? Taking advantage of every possibility? Just making sure that I’m not wasting one second of the little time I have.

Je ne voudrais pas crever avant d’avoir vécu un temps en Afghanistan. Je ne voudrais pas crever avant d’avoir eu quatre enfants. Je ne voudrais pas crever avant d’avoir décroché un doctorat en lettres. Je ne voudrais pas crever avant d’avoir vécu.

L’angoisse de mourir, ça tient occupée. Entre la maladie affective bipolaire, les aventures d’un soir, la lecture d’écrits féministes, les crises d’hypomanie. Je crains de passer à côté de quelque chose, de rater ma vie.

Je m’identifie à la narratrice du roman Scellé plombé de Maxime Olivier Moutier qui déclare:

Je craignais de regretter de ne pas avoir fait tout ce que j’aurais pu ; de ne pas avoir su vivre autrement. Je craignais de mourir, sans avoir vu le reste du monde, sans avoir fait le tour de la planète.

Je crois que je lis et j’écris pour lutter contre la mort. Pour ne pas regretter, pour me souvenir, pour vivre, pour devenir et me réinventer. J’ai traité de mon rapport à l’écriture et de mon désir de marier un écrivain québécois (libanais-égyptien ou psychanalyste de préférence) dans un billet précédent. N’empêche, ce que je n’avais pas dit est que je ne voudrais pas crever avant d’avoir publié un livre. Un roman. De l’autofiction, puisque l’écrivain ne peut, au final, s’extraire de son vécu et de ses amours.

J’ai entamé la lecture de l’oeuvre d’Annie Ernaux sous la recommendation de mon amie officieusement traductrice. À peine ai-je lu quelques lignes que j’aime cette femme. J’aime cette femme qui a vécu de son écriture.

Écrire n’est pas pour moi un substitut de l’amour, mais quelque chose de plus que l’amour ou que la vie.

Annie Ernaux a raison. Écrire ne comble pas un manque, mais se veut « quelque chose de plus ». Indescriptible. Il m’est difficile d’expliquer à une personne qui ne lit ni n’écrit point la signification de l’écriture. Il m’est difficile d’avouer que lorsque j’écris, je me sens transcendée, exaltée et lénifiée. Un peu comme lorsque je priais Dieu. Sauf qu’au final, écrire, prier, c’est mal vu. Mal vu parce qu’on se détache subrepticement de la réalité, de la réalité des autres pour trouver notre vérité. Or, je me refuse de plier, de me crever les yeux ou de me taire.

Je ne voudrais pas crever avant de devenir cette femme écrivaine à laquelle la réalité ne suffit pas.

* Photo de Christy Lee Rogers

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