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Trouver l’amour sur Tinder c’est comme essayer d’attraper des truites à mains nues. Les truites finissent toujours par filer, par retourner à l’eau et profiter de leur liberté.

Je suis sur des sites de rencontre depuis quelques mois déjà et je dois l’admettre, je l’emploie pour y fuir la réalité, ma réalité. J’y ai fait des rencontres surréalistes, des rencontres que je n’aurais jamais pu espérer faire si j’étais restée confinée à ma réalité d’étudiante au baccalauréat. Une rencontre en particulier m’a bouleversé: celle avec un médecin professeur d’université.

Professeur et médecin. La rencontre de deux fantasmes.

Lorsqu’on réalise un (ou plusieurs) de ceux-ci, on ne sait trop comment réagir. On se questionne d’abord sur la moralité de nos actes. Puis, on se demande comment sera l’après. Parce qu’il y a toujours un après, des conséquences à nos actes, un moment où on brasse à nouveau les cartes.

Pour ma part, je suis toujours confuse. J’ai l’impression que ces deux derniers jours ont été un rêve, un endroit où je me suis extirpée de ma réalité subrepticement. Ça a commencé dans un bar sans nom. Il était tellement en retard. Je ne sais pas pourquoi je suis restée, là, à l’attendre seule. J’avais l’impression que cette fois était la bonne, que j’avais rencontré une trentaine d’autres personnes pour finalement le rencontrer, lui.

J’ai toujours voulu coucher avec un professeur d’université ou un médecin, surtout le mien, pour voir ce que ça ferait de braver l’interdit, de s’approcher d’une âme si érudite.

Il est entré dans cet endroit sans nom. Nous étions alors deux visages inconnus, que rien ne liait ensemble sauf une application sur notre téléphone. Il m’a immédiatement reconnu, avec mon rouge à lèvres rouge vif. Le rouge que je porte lorsque je suis maniaque, lorsque plus rien ne m’arrête.

Nous avons commencé à discuter.

Sans nous le dire, nous évaluions nos qualité respectives: nous appréciions nos champs d’intérêt, notre conception du monde, notre intelligence émotionnelle. Nous jaugions l’autre avec prudence, en nous posant en notre for intérieur les questions qui s’imposent lors des premiers rendez-vous, afin de prolonger la réalité à l’aide de pointillés et d’imaginer ce que ça donnerait en les reliant avec un trait.
– Charles Bolduc, Les truites à mains nues

Le médecin ne pouvait détacher son regard de mes lèvres, et je savais qu’il désirait ardemment m’embrasser. Ça m’a fait étrange, de me dire que je pouvais charmer un homme avec un baiser. Quelques minutes plus tard, il m’a embrassé. Je dois l’avouer, je n’aime pas embrasser sous le regard d’étrangers. J’ai l’impression qu’on me vole mon intimité. Et pourtant, je suis une âme libre.

Je suis une âme libre qui se laisse emprisonner. Depuis ma rencontre avec le médecin, je me sens emprisonnée par mes illusions, mes projections, mes hallucinations. Lorsque l’on couche à plusieurs reprises avec une personne pour laquelle on éprouve une profonde admiration, on ne peut s’empêcher de se demander comme ça serait si.

Si on se revoyait. S’il était sérieux. Si tout était différent. S’il n’était pas de passage à Montréal, s’il n’habitait pas à l’autre bout du Canada. Si cette histoire n’avait pas déjà une fin. Et si je n’étais pas là, à tenter de m’emparer du destin.

Photo: Daniel Kovalovszky.

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