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Avec mes amis, je fais des collections. Je les range par couleurs, par classes sociales, par ordre de grandeur. Je me rends d’abord dans leur milieu respectif pour étudier leurs moeurs et bien connaître leurs habitudes. Je les observe se déplacer d’un endroit à l’autre, sélectionner des boulons à la quincaillerie, poster des lettres, dîner au restaurant. Puis, un à un, je les capture. J’y vais doucement, afin de ne pas les endommager. Ça serait trop bête. – Charles Bolduc, Les truites à mains nues

J’ai un faible pour les Arabes. Ou peut-être un fétiche. Je ne saurais expliquer pourquoi. Ou plutôt je sais trop.

Mes deux ex, J. et Y., étaient respectivement libanais et tunisien. En fait, lorsque je me livre après l’acte de l’amour, j’avoue que je n’ai jamais eu de relations sérieuses avec un Québécois. Si, une, mais à distance et d’une durée de un mois et demi. Donc, c’est comme si ça ne comptait pas.

Dans un mouvement circulaire, on se retrouve plus souvent qu’autrement au métro Guy-Concordia, à attendre là, nos amants marocains, jordanien, émirati et libanais. On les collectionne sans même sans rendre compte, sans une once de culpabilité. Aux yeux de la société, on est une salope.

* * *

J’en ai marre des one-night stands. C’est ce que je t’ai dit hier après t’avoir rencontré la première fois. Tu m’as alors dit de ne pas m’inquiéter, que nous allions nous revoir. Je t’ai cru. À vrai dire, tu m’as charmé lorsque tu m’as demandé après une heure si nous allions coucher ensemble. J’ai tout de suite dit oui.

J’ai aimé que tu sois un homme à femmes, le miroir de moi-même, une femme à hommes. Je ne me suis pas inquiétée des conséquences parce que je suis impulsive et naïve. Peut-être que notre première était la dernière, je l’ignore. N’empêche, ça fait une sacrée histoire à raconter. Peut-être pas à mes enfants, mais à mes amies proches qui ne s’étonnent plus de rien.

On a fait l’amour, mais cette fois-ci il n’y aurait pas de lendemains abruptes parce que tu ne serais pas resté à coucher. Et ça serait bien comme ça. Tout comme pour le personnage de Thomas dans L’insoutenable légèreté de l’être on reste convaincue qu’il est bien plus intime de dormir avec quelqu’un que de lui faire l’amour.

Dormir avec un inconnu c’est tromper l’ennui. C’est s’offrir à lui dans toute sa vulnérabilité, sa nudité et sa fragilité. C’est abdiquer. Et on se refuse travestir l’amour, le vrai, celui qui entremêle les âmes.

* Photo: John Londono

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