Je suis dans ce café commercial et je pleure, attablée avec un véritable inconnu. Je ne vais pas bien.

Je ne sais pas quel plaisir je retire à étaler mes pensées sur l’Internet. Exhibitionnisme. Solitude. Manque d’amour.  Ou plutôt une quête d’immortalité?

Les gens qui pleurent dans les lieux publics font peur. Ils rendent les autres inconfortables, leur lancent leur propre misère à la figure. Maybe I am an attention whore. Comme cette fille que tu baisais en secret. Peut-être cela le problème? Mon impression de ne vivre pour personne.

J’ai annulé mon rendez-vous avec ma thérapeute aujourd’hui. J’ignore pourquoi. Peut-être parce que j’ai la chienne de prendre le métro.

* * *

Dis-moi ce que tu penses / De ma vie / De mon adolescence
– Sébastien Tellier, « L’amour et la violence »

L’un de mes amants me demandait aujourd’hui pourquoi je couchais avec autant d’hommes. Je ne sais pas. La quête de la nouveauté, le jeu de la séduction. Mais surtout, tromper l’ennui. Noyer sa vie.

* * *

Je le regarde mais il n’est plus là. Mon amant jordanien est sûrement heureux, là, ailleurs, à quelques mètres de moi. Je lui ai dit que quelques mots aujourd’hui. Il est pour moi un véritable inconnu. Il sait que je sais. Il sait aussi ce qui s’est passé. Il sait que c’était éphémère. Qu’il n’y aurait peut-être pas de lendemains. De lendemains heureux surtout. Il me manque parce que je suis seule.

* * *

J’ai recommencé à lire L’hiver de force de Réjean Ducharme. J’aspire à le finir. Miroir de notre âme qu’est la littérature.

Te rends-tu compte, ma chère, qu’on peut décider, choisir? Qu’on peut ici, dans notre appartement, dire que c’est ça qui est ça puis aller jusqu’au bout, qu’y a rien qu’une balle dans la tête pour nous arrêter? – Réjean Ducharme, L’hiver de force

Je suis toujours dans ce café commercial. Une alarme retentit et j’ignore pourquoi. J’imagine ce qui arriverait si je devenais à cet instant psychotique et l’auteure d’une fusillade. Je suis à bout de nerfs.

Il paraît qu’il y avait quelqu’un de fou dans le café. Il s’est fait foutre dehors. Mais ce n’était pas moi. C’est mon amant jordanien qui me l’a dit. Je me suis sentie mal. Peut-être qu’un jour ça le sera. Je serai cette Lucille qui erre et qui donne son argent aux passants. Comme ça, comme s’il n’y avait pas de lendemains.

J’ai fait une erreur en venant ici. En venant seule. En venant le voir. Comme si on se connaissait. Mais on se connait à peine. Après tout, nous ne sommes que des amants. Nous ne sommes que violence.

On repense à Réjean Ducharme. À ce qui peut nous arrêter. Et on a la chienne. Parce que ça pourrait être un métro, un tireur fou ou un trou noir.

Je veux y aller mais tu n’es pas là pour me prendre la main. J’irai seule.

Pour lire la suite, cliquez ici.

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