On se dit que Réjean Ducharme avait compris, l’ennui.

On est toujours là, dans ce café anonyme parce qu’on a nul part où aller. On est coincée là. Enchaînée, mais pas vraiment. Pas comme cette fois où tu m’as attachée juste pour voir ça ferais comment. Et puis tu as vu. Je crois que tu as aimé.

On veut crier sa tristesse sur papier mais on a peur d’en manquer. Peut-être devrais-je demander au véritable inconnu à trente centimètres de moi. De toute façon on a déjà perdu toute crédibilité en racontant sa vie au téléphone. En se mettant en spectacle. On angoisse: il n’y en aura pas assez. On est qu’amour et violence.

Peut-être qu’on a besoin d’être sauvée. Mais par qui? Je l’ignore et l’ignorerai toujours parce que les sauveurs ne sont que chimères. On arrive presque à la fin de la troisième page recto-verso. On a peur. Ça va finir, après il n’y aura plus rien que le vide.

Le pire est fait: on a demandé. There is no turning back. On a demandé au véritable inconnu qui nous a vu pleurer et qui a fait comme si de rien n’était. On a fait semblant d’aller bien. On est habituée de toute façon. C’est ce que notre médecin nous a dit. On a parfois un visage sans affect.

On veut se réfugier sous la table mais ça ne serait pas approprié. Paraît qu’il ne faut pas faire ça. Paraît qu’on passerait pour une cinglée.

* * *

Je n’ai pas pris mes antidépresseurs aujourd’hui. Je ne suis pas rentrée chez moi. J’étais chez toi. Tu es sûrement déprimé, mais tu n’en prends pas. Tu n’as pas besoin de ça. Tu es fort. Tu as brisé des coeurs et tu en briseras d’autres. Moi, j’ai le coeur brisé.

Je n’ai rien avalé aujourd’hui. Que du café et du lait.

* * *

Tu m’as accompagné au Café Myriade aujourd’hui à contre-coeur. Ça m’a fait du bien pourtant. De parler de ses pensées intimes avec un inconnu. Et il y a ces points de non-retour tu m’as dit. Tu as raison. Nous sommes déjà allés trop loin. Tu as pu voir mon âme fragmentée. Attention, arrêtez-vous maintenant: ne marchez pas sur les morceaux, c’est coupant.

J’écris en écoutant Les chansons d’amour et j’ai envie de pleurer. Je suis hypersensible. Tu m’as dit que j’étais une contradiction. Musulmane et féministe. Hypersensible et perdue dans les relations éphémères. Parce que qu’on cherche au final c’est à tromper l’ennui. Celui qui nous fait perdre la tête le matin des lendemains abruptes.

Il n’y a pas de point de retour tu m’as dit. Tu as raison. Je suis allée trop loin. Et je ne peux pas retourner en arrière.

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