Ça fait près de 24 heures qu’on a quitté chez soi. On se sent à l’autre bout du monde et pourtant on est qu’à Guy-Concordia.

On a besoin de réconfort et on ira le chercher dans les bras du premier venu. On maudit le hasard des rencontres perverses. Pourtant, on a choisi d’en faire autant. De prendre des mauvaises décisions. De tout foutre en l’air ou même de foutre le camp. De crisser le feu. On pense à une connaissance qui a été reconnue coupable d’avoir mis le feu à son appartement après la mort de sa mère aux mains de geôliers iraniens.

Écriture automatique, écriture salvatrice. Écriture qui ne nous sauvera sans doute pas, mais qui nous permettra d’accéder à l’immortalité. On ne veut pas finir comme Lucille, Sylvia ou Ernest. On veut vivre, mais on a l’impression de tout faire tout croche.

Puis, on remercie ces personnes qui nous lisent en secret. Ces personnes qui apprennent à nous connaître à travers ses écrits, mais qui nous ont vu qu’une fois ou jamais. Comme cette femme à qui on aimerait plaire.

* * *

On est là depuis quelques heures déjà et on attend que le temps passe. On essaie de se protéger dans notre imperfection. On écrit, on écrit, on écrit pour ravaler les mots. On reste ici, immobile. Faibles. Tu m’as dit que je l’étais. Je t’ai cru. Je suis faible. Je suis malade. Je suis cette fille complètement destructurée par son époque.

On a froid. Depuis plusieurs heures déjà. C’est peut-être l’absence de médicaments. On aspire à tromper l’ennui maladroitement. On songe alors aux âmes qui se sont accrochées à la notre l’espace de quelques heures. Qui nous ont fait mal malgré elles avant de fuir parce qu’on fait peur.

On pense qu’on est loin de l’extase de John Donne.

Our eye-beams twisted, and did thread
Our eyes upon one double string

John Donne, The Ecstasy

Mon esprit est impure je le sais. Tu me l’as dit.

On espère que Dieu arrivera à nous pardonner cette fois-ci.

* * *

On manque de papier. On va commettre l’irréparable: écrire sur le roman de Réjean Ducharme. Le profaner. Sauf que je n’ai pas le choix. Je dois écrire pour vivre à défaut de respirer.

D’ailleurs, on t’as demandé à plusieurs reprises de nous empêcher justement de respirer. Et tu as refusé, sauf qu’on a réussi à te convaincre. Tu as eu peur de nous tuer. On t’a dit que cela n’allait pas arriver. On t’a dit que cela était déjà arrivé, mais que de toute façon ça n’arrive qu’aux autres.

La première fois qu’on avait été témoin de scène de violence érotique c’était dans un roman japonais. On avait 16 ans. On était pure et innocente. On ne savait pas encore ce qu’on allait devenir. Et puis, huit années se sont écoulées et on s’est retrouvée dans un lit inconnu, mais ça aurait pu être dans un roman.

Parce que notre vie est un roman. Parce qu’on comprend Charles Bolduc et les mille sévices qu’il a fait sévir aux filles.

 

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