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Prendre l’ascenseur pour rejoindre un amant libanais dans un semblant d’hôtel. Sentiment de déjà vu. Mouvement circulaire qu’est notre vie. Se sentir comme Nelly Arcan. Sommes-nous une putain? On l’ignore. Mais on sait dire avec assurance ana sharmouta.

On se rappelle la FDDV (fille de votre vie) du roman de Nicolas Langelier. Par association on pense au GDVV (gars de votre vie). Tout comme Langelier, on se demande avec qui cet amour a-t-il pu coucher la nuit passée.

* * *

Le père de notre mère est mort avant-hier. Ou était-ce avant-avant-hier? On n’en est plus sûre. C’est que voyez-vous le Zyprexa a embrouillé notre esprit.

On pense à cet homme qui a travaillé dur pour élever sa famille, nombreuse, puis on repense à notre propre vie, à comment, à vingt-trois ans, on est là, dans l’attente du lendemain sans trop savoir ce qu’on fait ici.

On a peur de ne pas réaliser nos rêves, de ne pas avoir plein d’enfants, de ne pas être une bonne mère, une bonne épouse, une bonne écrivaine. On a peur de vivre sans vraiment être là, sans vraiment respirer. Le temps file et on manque de temps. On a peur de ne pas tomber enceinte à temps, de manquer notre coup.

On réalise que l’amour est violence et que la violence est amour. On ne sait trop si on s’est éprise d’Eros ou de Thanatos. Dans le doute, on embrasse les deux.

On avale d’une traite son café latte de même que ses inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine. On essaie de parler à sa mère, mais ça ne fonctionne pas vraiment. On songe que Langelier avait raison, que l’adolescente aux yeux grands et brillants a changé, que sa moralité en a pris un coup et qu’elle s’est dissoute dans ces matins sans promesses.

On se perd dans les lits d’inconnus, dans les bars à espresso montréalais, dans les lectures cyniques, dans tout ça et beaucoup plus encore.

L’écriture comme thérapie. L’écriture comme crucifixion. Plaisir sadique – on l’avoue, on a péché. Mille fois plutôt qu’une.

On s’inquiète pour sa famille mais on ne peut en dire plus. On s’inquiète pour sa grand-mère qui vient de perdre son mari après plus de 70 ans de vie commune. On se dira que ça n’arrivera pas à nous, qu’on est trop faibles, qu’on ne sait pas comme si prendre, qu’on ne sait pas comment aimer, qu’on ne sait pas comment s’arrêter. Et pourtant, on souhaiterait, naïvement, redevenir inarrêtables.

On se dit qu’on a tout eu, que nos parents nous ont tout donné et pourtant on ne sait que faire de notre vie, quoi faire pour la sauver avant qu’il ne soit trop tard.

* * *

Tu es venu me rejoindre au café Myriade mais tu n’es pas un de mes amants. Tu es plutôt un ami, un confident à qui on raconte sa vie. On t’a dit que tu étais un homme à femmes comme ce futur psychiatre qui porte le même nom que toi. Paraît que c’est commun au Maroc.

Tu m’as dit que tu avais décidé de régler tes problèmes et que pour ce faire tu as baisé quatre femmes la semaine passé. Tu parles et je te comprends. Je t’ai d’ailleurs laissé un de mes livres avant que tu ne partes. Ce qui m’étonne c’est que je te l’ai prêté. Habituellement je ne prête mes livres qu’à un amant que je veux revoir – d’ailleurs, ce musicien ne m’a toujours pas rendu mes livres de physique de Feyman.

On doit étudier, mais on a pas vraiment la tête à ça. On a la tête à écrire, écrire un roman – celui que tu m’as convaincu d’écrire. Même si les éditeurs ne retiennent qu’un manuscrit sur mille. Même si je n’ai pas encore vécu les mille vies qui ne sont pas les miennes. Pour ce faire, je me devrai ravaler les larmes et vomir l’ennui.

* Oeuvre de John Vassos

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