Marcher sur ses principes sans regarder en arrière et se travestir parce qu’on en a l’habitude, parce qu’on ne sait pas être nue. Se surprendre à embrasser un amant au café Myriade, ce même amant qui comme nous, se pare de principes pour ne pas avoir froid. Oublier sa vie, celle que l’on a laissé en suspens, celle qu’on a laissé derrière soi pour lire Putain de Nelly Arcan. Surtout, ne pas en sortir indemne.

* * *

J’ai terminé la lecture de Putain de Nelly Arcan et j’ai perdu mon innocence. À côtoyer une putain pendant deux jours. À explorer le fond de ses pensées, à passer mes mains sur son corps et à plonger mon regard dans les siens. J’aimerais citer Nelly, et pourtant, j’ai l’impression que ça ne se fait pas, ça ne se fait pas de citer une prostituée aussi nihiliste ne serait-ce que pour quelques lignes parce qu’elle vous avalerait dans sa dépression, dans son vide intérieur, vide qui ne réussira plus jamais à se remplir parce qu’il y a un défaut de fabrication c’est comme ça on y peut rien.

Puisque je suis contradiction, je la citerai de toute façon parce que vous me connaissez bien désormais: je dis et je ne fais pas, et je fais ce que je ne dis pas. Je la citerai hors contexte parce que je n’en ai pas le droit, parce qu’il le faut bien, parce Nelly, elle, est toujours là où elle ne se fait pas attendre.

Mais n’allez pas penser que ça pourrait arriver, cet accouplement du professeur et de l’étudiante sur un bureau quelque part dans une salle de cours de l’université, accroupis en petit chien ou peu importe la manière, encore une fois, ce que je veux ne se produit jamais surtout si je le veux follement, et il n’est pas nécessaire d’en avoir fait l’expérience pour en tirer cette conclusion, il suffit d’être moi pour le comprendre (…). Nelly Arcan, Putain, p. 132.

Ce passage, je l’ai lu plus d’une fois, le pensant à la fois cru et invitant. C’est que voyez-vous, j’ai toujours conservé ce fantasme envers l’interdit, envers l’autorité, envers les hommes mariés. Non pas que je veux me faire putain, mais j’aspire à transcender ma réalité, la réalité, à travers l’écriture et à vivre mille vies plutôt qu’une. Après avoir joué à la putain, ne me reste plus qu’à jouer à la folle.

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