Tu m’as glissé les vingt dollars dans l’un des romans qui me suit depuis les derniers jours, Putain de Nelly Arcan. J’ai cru y voir un message, mais ça faisait partie de notre jeu. Je t’ai emprunté de l’argent et j’ai dit que j’allais te la remettre pour ne pas me sentir comme une putain justement.

N’empêche, on a des jeux de cinglés et on ne sait trop pourquoi on y joue. J’oublie comment j’en suis arrivée là, j’oublie que tu ne m’as sûrement pas choisie, que j’étais seulement . Et puis j’ai peur de perdre le contrôle parce que c’est ce qui arrive lorsqu’on s’éprend pour un temps d’un homme pour lequel les femmes viennent à lui.

Je me suis rappelée Jim Morrison ce matin. J’avais la chanson You’re Lost Little Girl dans la tête. Peut-être est-ce toi qui m’y ait fait pensé. Avec tes cheveux de jais bouclés. Avec mon impression que tu es un homme à femmes, mais pas vraiment finalement. Tu cherches à te marier avec la bonne. Tu as des principes. Tu ne m’embrasses pas dans les endroits ouverts par exemple. Mais dans les cafés et les taxis ça va.

Je ne sais pas ce que j’attends de toi ni ce que tu attends de moi. On est dans les non-dits, dans l’interdit peut-être. Dans tous les cas, ce n’est pas si pire que ça puisque tu n’es pas musulman. Et les arabes musulmans ont de mauvaise intention, c’est bien connu.

J’écris, j’écris pour ne pas me perdre, mais je suis déjà un cas perdu. Je ne me sens pas à la hauteur, je sens que je n’ai rien accompli au final. J’ai eu des bonnes notes à l’école, mais je n’ai pas su maintenir la cadence. Telle une danseuse qui se fait renvoyer. J’ai eu un amoureux fidèle et intelligent, mais j’ai su tout casser. J’ai eu une famille aimante, mais j’ai su m’en détourner. Donc j’écris pour me faire pardonner, mais ça ne marchera sûrement pas de cette façon.

J’ai mis Putain en travers de la table en angle avec mon café au lait. Sur la couverture, une femme se masturbe. Ça attire les regards. Je me demande ce que les clients peuvent en penser. Je me dis qu’ils n’en pensent rien parce qu’ils ne l’ont sans doute pas lu et qui ne savent pas de quoi ça parle. Ou si, ils savent. Et puis, je m’en fous au point où j’en suis.

Bientôt, j’aurai ma carte de membre du Café Myriade. C’est que voyez-vous, je fréquente ce café accompagnée de mes écrits ou de mes amants. L’un ou l’autre sans exception. Dans un billet précédent, j’avouais faire une collection de mes amis (amis étant ici aussi entendu comme amants). J’éprouve un ennui mortel à manger toujours le même plat. Voilà il faut savoir diversifier son menu. Sauf qu’une fois qu’on a goûté à un café latte préparé selon les règles de l’art, il nous est impossible de boire du café américain (du café filtre, de l’instant, et, à la limite, du café americano) parce qu’il est si amer et si prévisible. Et puis, puisque je suis contradiction, je n’aurai d’autres choix que de commander un café américain parce que sans argent.

* * *

Je suis au Café Myriade depuis deux heures déjà, et quelqu’un m’a appelé Ziba. Je ne me rappelais pas de son nom. Un anglophone de Montréal avec qui j’ai correspondu sur Tinder. Ce n’est pas la première fois que cela m’arrive, je crois que je devrais cesser de fréquenter Guy-Concordia. Trop d’hommes qui me reconnaissent ici. Trop de souvenirs évanescents qui flottent avant de disparaître. On a parlé de tout et de rien. De nos rêves qui ne deviendront jamais réalité, parce que trop lourds à porter, oui, on est faibles, on a de l’ambition, mais pas les moyens. Et puis, on se pose probablement trop de questions au lieu d’aller droit devant sans jamais se retourner.

J’aspire à vivre pour la littérature. Je vis dans une réalité autre. Ce n’est pas comme ça que je vais boucler les fins de mois. Mais c’est peut-être comme ça que je vais trouver l’amour et ça c’est important. L’amour au-delà des amants, des illusions. L’amour avec qui on aimerait fonder une famille, se donner, aller jusqu’au bout de la nuit. Mes métaphores sont usées, tout comme mon esprit. Au moins, je sais toujours faire des rimes. Et ça, c’est important. Sauf qu’on ne peut pas faire d’argent avec ça. Encore moins des enfants.

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