collage-illsutration-scientifique-07
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Il y a ces signes qui ne trompent pas. Surtout ceux qui vous font presque pleurer. Ces temps-ci je ne fais rien que ça: presque pleurer. Attablée à un café, je lisais les nouvelles du recueil Amour et libertinage lorsque j’ai entendu la chanson Crystalised, une chanson qui a marqué ma vingtaine. C’est que la première fois que je l’ai entendue, j’avais vingt ans et j’étais dans une voiture qui coupait la nuit en deux à Téhéran. Je me rappellerai toujours ce moment. Moment où je découvrais un jeune Iranien que tout nous séparait sauf Jim Morrison. Depuis, on ne se parle plus, mais il fait partie de ces fragments d’âme que j’ai accumulés.

On fait beaucoup d’erreurs à vingt ans. L’une d’elle est de se travestir par amour. Et je l’ai fait à plusieurs reprises. J’ai cette tendance à vouloir plaire, à m’oublier dans autrui pour n’émerger que plusieurs mois plus tard, trop tard, pour reprendre mon souffle. Et lorsque je reprends mon souffle, tout a changé. Le monde n’est plus le même. On a perdu son innocence.

Une autre chanson me fait presque pleurer. Je suis trop sensible. Je ne m’en sortirai pas. Je pleurerai à la place de mes enfants. Je sais, je dois me contenir. Mais pour qui? N’est-il pas indécent de ravaler nos larmes comme si tout était parfait? Rien n’est parfait et c’est la beauté de nos existences maladroites.

Tu viens de me quitter après avoir passé la nuit en ma compagnie Je sais, je ne devrais pas écrire de telles choses. N’empêche, je veux vivre dans la vérité. Le jour on le passe à se traiter de cinglés et la nuit on la passe à s’étreindre. T’inquiète personne ne te reconnaitra. Il ne connaisse pas. Sauf mes amies mes proches. Et elles te gardent à l’oeil au cas où tu me ferais du mal. C’est que j’ai l’habitude d’être déçue. Tu as ta théorie sur les Arabes qui sont tous pareils, sauf toi, qui veulent coucher avec moi, mais qui jamais me marieraient. Peut-être devrais-je commencer à chercher ailleurs. Sauf que les Québécois ne me disent rien. Je suis féministe et je recherche des hommes virils ou des femmes féminines. Je suis contradiction.

Je te dis à la blague que je porte ton enfant et ça te fait paniquer. Tu as même offert de me payer un test de grossesse. Juste au cas. Tout d’un coup que nous serions chanceux et que nous tomberions dans le 0,01%. C’est risqué tu sais? Peut-être devrais-tu arrêter de me toucher. On est jamais trop prudents. Et puis, tu me crois cinglée, tu ne sais pas de quoi je suis capable. Je ne peux m’en empêcher, mais lorsque que nous étreignons je ne peux cesser de penser à mon grand-père. Je songe à quel point nos vies sont différentes, et à quel point je peux mener la vie que je mène grâce à lui, grâce à ses sacrifices. Je me demande ce qu’il dirait de nous. S’il serait sous le choc. Dans tous les cas, nous sommes des débauchés. Il n’y a pas de doute. Nous sommes une génération perdue.

Oui, on se croit libre, mais on baise le premier venu. D’ailleurs, pourquoi viens-tu dans mon lit? Je l’ignore. Le jour, tu t’acharnes à me convaincre que la religion musulmane est misogyne et cinglée. Je résiste. Je tente de te démontrer que je ne m’ai pas travesti pour autrui. Ou peut-être que si. N’empêche, ça n’a pas empêcher mon ex de me quitter. Je suis tombée sur son profil hier en cherchant son nom dans une base de données. Il m’a l’air de se porter bien et d’être toujours aussi croyant. C’est surréaliste, mais ça me manque de le voir prier. Il ne manquait jamais une prière. Il était discipliné, pas comme moi.

Hier, j’ai lancé à table que je suis tombée sur des photos de moi voilée sur mon téléphone. Ton regard s’est embrumé. Je sais que tu penses que je me suis convertie par amour. Que je me suis oubliée, que j’étais dans un moment de faiblesse. Peut-être m’ai-je travestie, oui. Sauf que je suis toujours croyante. Oui, même si nous nous étreignons. Même si tu es agnostique. Et ça, tu ne pourras pas me l’enlever.

Tu as quitté le café et tu as payé pour moi. Tu es gentil, même si tu t’acharnes à dire que tu es une terrible personne. C’est vrai, tu l’es en quelque sorte. Mais j’apprécie quand même les moments passés avec toi. Je t’écris de mon café préféré, celui que je fréquente chaque jour ou presque. J’ai tenté de t’effrayer en disant que j’allais te présenter au propriétaire. Tu as répondu que tu allais hurler que nous étions fuckfriends dans la café si je le faisais. Ça m’a fait rire. Nous sommes toujours entrain de vouloir indisposer l’autre. On se traite de tous les noms. Je te dis que tu es fou alors que tu ne cesses de me dire « fuck you ». Merci, j’apprécie.

Tu m’as demandé de cesser de t’écrire sur mon blogue et j’ai refusé. C’est que c’est un thérapie pour moi d’écrire. Ma psychiatre dirait sans doute que je suis une grande romantique, que je me laisse porter par la mélancolie. Et elle aurait raison. Sauf que ça me permet d’être créative. De goûter, de mâcher puis de recracher les mots me fait le plus grand bien. Et puis, ils sont quelque-uns à me lire. Peut-être par curiosité perverse. N’empêche, plusieurs m’ont avoué se retrouver dans mes mots. Parce que j’écris tout haut ce que d’autre pense tout bas. Et puis, dans chaque phrase, je me mets en danger. C’est grisant voire lénifiant. À chacun sa drogue. Pour ma part, il s’agit de l’écriture, du sexe et du café. Je suis un esprit libre, mais une éternelle dépendante. J’aime mélanger les trois. Comme ce matin. Après nous être étreints, nous avons pris un café puis je t’ai écrit cette lettre. Et puis, cette lettre, je ne l’écris pas vraiment pour toi. Je l’écris pour moi. Pour garder un fragment de toi, et pour réfléchir à ma vie. Prendre un peu de recul, pas trop pour ne pas tomber de haut. Le cas échéant, on pourrait se briser les os.

* * *

J’ai reçu une lettre de mon frère ce matin. Je suis heureuse. C’est que ça fait longtemps qu’il ne m’avait pas écrit. Nous partageons un lien fort, un lien métaphysique qui nous permet d’avancer et de créer. Tu me diras sans doute que je n’ai pas de frère. Je te dirai que je n’ai pas de frère de sang et que ça m’importe peu. Ce qui compte c’est les âmes entremêlées. Il m’a écrit à propos de Camus, de ses voyages et des réflexions. Si seulement j’avais le temps de le lire. En ce moment, je découvre ce que les jeunes auteurs québécois ont à m’offrir. Je veux devenir comme eux: écrivaine. J’ai trouvé ma voie. Enfin. Après vingt-trois années d’errance. Nous serons Camus ou Gary mon frère et ça sera beau. Nous n’avons pas le choix. C’est ça ou on meurt. Et puis, nous ne sommes pas prêts à mourir. Nous avons encore la vie devant soi.

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