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On ne nous l’apprend pas à l’école, mais il ne faut pas écrire lorsqu’on est en colère sur un blogue. On pourrait dire des choses qui dépassent notre pensée. Sauf que je n’y crois pas vraiment. J’ai besoin de m’exprimer sinon je vais imploser. Et lorsqu’on implose, ce n’est pas joli. Le sang coule de partout. Quel gâchis.

Je suis une femme en colère et j’ai envie de crier. Je songe à faire des folies. D’ailleurs, j’ai déjà commencé. C’est une pente glissante. J’ai envie de boire, de flamber de l’argent. Je n’ai plus envie de coucher: ça fait trop mal. Pour le moment, j’écris. Le sexe et l’écriture. Je mélange les deux. C’est que je n’ai plus rien à perdre. Rien ne sert de me rhabiller, je suis déjà nue. D’ailleurs, il s’agit d’une image récurrente dans mes rêves. Une jeune femme nue traverse la rue en fermant les yeux. Peut-être s’agit-il d’une réminiscence du roman de Kundera Immortalité où l’un des personnages s’assoit au milieu de la route sans réfléchir?

Je me fais violence, et je le sais. Ce samedi à minuit, j’aurai vingt-quatre ans. Pour l’occasion, je porterai un masque qui me collera à la peau. Personne ne remarquera. Sauf que nombreux sont ceux qui me lisent. Et ils sauront. Sauf qu’ils n’auront pas le choix de jouer le jeu. Ne prenons-nous pas tous part à une grande mascarade? Ces derniers jours, je suis très impulsive et je prends pour la plupart du temps de mauvais décisions. Il y a quelques jours, je songeais à envoyer un message texte à mon ex libanais, sauf que je me suis ravisée. Il ne me répondra probablement pas. Et puis, nous sommes devenus si différents. Lui si sérieux et croyant. Moi bohème et perdue. Hier, je songeais à revoir mon autre ex pour me saouler. J’ai pensé à mes amies qui m’ont mis en garde, que celui-ci ne veut pas vraiment de moi, que ses intentions ne sont pas pures. Elles ont sans doute raison. Je lui ai envoyé un message avant d’ajouter que ça ne me semblait pas une bonne idée de se rencontrer. J’en suis surprise, mais je me suis respectée. Ça n’arrive pas souvent ces derniers jours.

J’ai envie d’annuler mon rendez-vous avec ma thérapeute. Je me sens coupable. Je n’ai pas suivi ses conseils et puis j’ai de mauvaises nouvelles à lui annoncer. Je n’ai toujours pas ouvert mes livres d’université. Ça fait un mois que j’ignore mes études. Je ne vais pas bien. Dans une autre vie, je visais les A+. Désormais, je compte seulement passer mes cours pour avoir mon baccalauréat. Sauf que ces jours-ci, je vois l’échec se rapprocher. J’ignore ce que j’ai à faire. Je me gèle ou j’écris mes émotions. J’essaie d’oublier. Pour ne pas souffrir, sauf que ça ne marche pas comme ça. La souffrance finit toujours pas revenir et nous ronger de l’intérieur. Et puis je deviens vide. Je ne suis plus là.

Je sais, les billets comme celui-ci ne sont point populaires. Trop dépressifs, trop violents. Sauf que les écrire m’empêche de pleurer en public. Et les gens qui pleurent en public rendent mal à l’aise. On préfère faire semblant qu’on ne les voit pas. C’est mieux comme ça. Faire semblant que le malheur n’existe pas. Parce qu’il faut bien ravaler ses larmes non? Et pourtant, j’ai envie de pleurer et de mettre ça sur la mort de mon grand-père. Ça paraîtrait bien. Sauf que ça serait hypocrite de ma part. Je suis triste que le père de ma mère soit décédé, mais je n’ai pas pleuré. Il y a des morts comme ça.

Lorsque j’ai vu mon grand-père tout embaumé, j’ai songé à ce que ça ferait si j’étais à sa place. Qui viendrait voir mon corps. Parce que je suis musulmane et que je n’ai pas de testament. Donc ça serait à mes parents de choisir. Et ils opteront sans doute pour l’option facile, l’option chrétienne, celle où on expose ses morts et où on récite le Notre père. Seulement que d’y penser ça me donne envie de vomir. Je ne veux pas être embaumée. Je ne veux pas me travestir une dernière fois. Je veux que mon corps nu soit recouvert d’un drap blanc.

Je l’admets, vu de l’extérieur, parler de sa propre mort peut être morbide. Sauf qu’on va tous mourir un jour. Il faut s’y préparer, ou du moins préparer l’après. Ma mère s’y est préparée. Elle a refait son testament et m’en a même donné une copie. Je ne sais pas où je l’ai mise. Je n’avais pas la tête à le lire. Mon beau-père aussi. Il m’a même donné la combine de son coffre-fort « au cas où quelque chose arriverait, on ne sait jamais ». Au début, je ne voulais rien entendre, puis je me suis habituée.

Depuis que je suis toute petite, j’accompagne ma mère dans les salons funéraires. J’y suis d’abord allée pour ses oncles et ses tantes que je ne connaissais pas. Puis ça l’a été le tour de mes oncles. Je n’étais pas proche d’eux, mais la mort de mon parrain m’a fait de la peine. Dans mes souvenirs, on ne pouvait pas voir son visage parce que défiguré. Il est mort par suicide.

Ça me fait penser qu’à l’UQÀM, il existe un programme cours de deuxième cycle sur la mort. Ça s’appelle études sur la mort. J’ai déjà songé appliquer. Il n’est jamais trop tard. Même si destiné aux travailleurs sociaux, aux psychologues et aux médecins, je me dis que j’ai tout ce qu’il faut pour suivre ce programme. Un intérêt pour la psychologie et la psychiatrie, et du vécu. D’ailleurs, peu de gens le savent mais lorsque j’étais plus jeune, je voulais devenir thanatologue. J’ignore pourquoi l’idée m’a traversé l’esprit, mais elle m’a bien traversé l’esprit. Je trouvais qu’il s’agissait d’un beau métier. Et en plus, il en faut. Sinon, qui prendrait soin de nos morts?

Parler de la mort indispose les gens. Quelle hypocrisie. Ne pas parler de la mort c’est comme ne pas parler de sexe. C’est faire semblant que ça n’arrive pas. Ou que ça n’arrive qu’aux autres. Pourtant, chaque jour au Québec, trois personnes se suicident. On en parle pas suffisamment. La croyance populaire veut qu’en parler donnerait des idées suicidaires. Quelle absurdité. Ce n’est pas parce qu’ils ont vu un film ou lu un livre que les gens se suicident. Et je ne parle pas de suicide parce que je suis suicidaire. Je m’arroge seulement le droit de parler de la mort puisque j’écris tout haut ce que d’autres pensent tout bas.

Je sais, si ma mère me lisait, ça lui ferait de la peine. Tout comme elle a eu de la peine lorsque je parlais sur mon blogue de mes phobies d’impulsion. Pardonne-moi maman pour tout le mal que je t’ai fait. J’aurais voulu être une fille qui a constamment du soleil plein la tête mais ça n’est pas le cas. N’empêche, de souffrir m’a permis de voir la vie autrement. De peindre un grand tableau avec de belles teintes sombres qui font ressortir les teintes claires. Comme le bleu de mes yeux.

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