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J’ai écrit ce matin sur l’art de se travestir. Je suis une véritable artiste. J’aime peindre de grands tableaux confus où je ne suis plus moi. Où je suis quelqu’un d’autre. Où je suis une autre femme. Celle que tu aimerais avoir dans ta vie. Sauf que ça ne fonctionne pas. Je finis inévitablement par me déshabiller. Et je je montre ma nudité, la seule chose qui me reste.

D’ailleurs, je ne suis plus sûre de rien. Je me sens faible. Je me sens incapable de défendre mes convictions. Je me disais hier musulmane et je plie aujourd’hui devant toi. Peut-être qu’on a abusé de moi. Sauf que j’ignore qui l’a fait. Est-ce que les Arabes avec qui je couche qui ne me rappellent pas? Ou est-ce mon ex-copain qui m’a vanté les beautés de l’islam? Les avis divergent. Jusqu’à présent, je suis convaincue que mon ex-copain avait de bonnes intentions, qu’il était un jeune homme au coeur pur à qui j’ai fait tant de mal. Ne nous reste plus que les autres, les Arabes qui partagent mon lit. Quelles sont leurs intentions? Coucher avec une Blanche avant de la jeter? Peut-être. Tu avais peut-être raison après tout. Tous pareils. Et pourtant, je me refuse de voir de mauvaises intentions chez les hommes.

Au final, je ne sais plus sur qui jeter l’anathème. En marchant jusqu’à chez moi je me disais que le coupable était peut-être celui qui m’a pris ma virginité, avec qui j’ai perdu mon innocence. Un homme à femmes plus âgé que moi pour lequel je me suis éprise. Sauf que je ne vous raconte pas toute l’histoire. Ça serait trop long. Il suffit seulement de dire que j’étais amoureuse de lui et que ce n’était pas réciproque; que je couchais avec lui alors qu’il voyait d’autres femmes et que je n’étais que l’une d’entre elles. Sauf que ça m’a pris un an avant de le réaliser. Un an perdu à rêver, à attendre ses courriels jusqu’à n’avoir plus soif. D’ailleurs, nous sommes toujours amis sur Facebook mais ça ne veut rien dire. Il ne me lira pas. Et c’est tant mieux comme ça. Que nous n’ayons rien à voir l’un avec l’autre je veux dire.

On croit en l’amour et on le voit voler en éclats. Ça fait mal, mais on continue à accumuler les fragments. Attention c’est coupant. J’aime me saisir de ses fragments jusqu’à m’en faire saigner les mains. Je suis comme ça, j’aime le sang. Depuis que je suis petite, je tends mon bras aux infirmières pour qu’elles prennent mon sang. Ça ne me fait rien. Ni mal ni de peine. Tu me lis et tu dois songer que je suis masochiste. Un peu. Après tout, tu me connais un peu, non? Tu t’es emparé d’un fragment de mon âme à chaque étreinte. Si je continue comme ça, il ne me restera plus rien. Plus de parures, seulement ma nudité. C’est tout ce que j’ai.

J’écoute en boucle la trame sonore d’Eternal Sunshine of the Spotless Mind. J’essaie de lénifier mon âme, mais en vain. Trop difficile. Ce soir, je m’endormirai en pleurant. J’écoute Beck chanter: « Change your heart / Look around you » sauf que ça ne fonctionne pas comme ça. On est pas comme dans les films. Et puis on finit presque toujours pas désenchanter. Ce n’est qu’une question de temps.

Je suis acerbe, amère. Ne m’en veux pas. J’ai souffert du haut de mes vingt-trois ans. Sauf que je ne connais rien à la vie. Je suis une jeune blanche gâtée par la vie. On m’a donné des mains mais elles ne servent à rien. Seulement qu’à faire joli. Seulement qu’à te faire plaisir. Et ça te plaît. Une fois que tu as terminé, tu t’en vas. Sans te retourner.

* Illustration de Travis Bedel

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